L’étang de Berre

 

L’étang de Berre est un lieu iconique de loisirs sportifs et de souvenirs pour sa population locale et bon nombre de vacanciers. Situé dans les Bouches-du-Rhône, entre le Golfe de Fos et la rade de Marseille, c’est un vaste plan d’eau de 20 kilomètres de long, sur 16,5 kilomètres de large et 9,5 mètres de profondeur maximale.

Source : GIPREB, Carte de l’étang de Berre et de ses communes avoisinantes

Véritable écrin de verdure et d’eau niché à deux pas de la Méditerranée, cet étang est fort d’activités touristiques grâce à la diversité de son environnement. Sur terre ou sur l’eau, les visiteurs peuvent pratiquer des activités nautiques, des randonnées pédestres, de la pêche et, bien-sûr, se baigner. Seulement, les paysages idylliques de “carte postale” que représente l’étang cachent une réalité bien plus sombre …

En effet, au XXème siècle, l’État veut créer un “super” site industriel attractif autour de l’étang. Dans les années 1920-1930 s’installe et se développe alors l’industrie pétrochimique avec les raffineries Shell à Berre, puis celles de Provence (futur Total) à la Mède (commune de Châteauneuf-les-Martigues). Le site prend davantage d’ampleur dans les années 1960 avec le développement des industries métallurgiques de Fos.

Source : GIPREB, Carte des activités et espaces artificialisés autour de l’étang de Berre

L’étang de Berre qui était jusqu’alors une réserve pour la pêche et la baignade, devient un déversoir pour les eaux industrielles. Dès 1957, une loi est votée pour interdire la pêche dans l’étang de Berre, en raison de l’accumulation de la pollution d’origine chimique dans la chair des poissons. Les industries rachètent alors les droits de pêche et les pêcheurs sont indemnisés. 

Puis en 1966,  EDF construit une grande centrale hydraulique au Nord de l’étang, à Saint-Chamas. Depuis lors, celui-ci reçoit des apports en eau douce très importants du canal usinier EDF de la Durance, qui alimente la centrale. Mais ces apports considérables d’eau douce et de limons ne sont pas sans conséquence pour l’étang …

Quelques faits historiques

  • Début XIXème siècle : industrie de la Soude, produit nécessaire à la fabrication du savon de Marseille.
  • Au XXème siècle, l’État veut créer un « super » site industriel attractif.
  • 1920-1930 : début et développent de l’industrie pétrochimique
  • 1950-1960 : Pétrochimie et développement des industries métallurgiques

L’étang de Berre, qui était jusqu’alors une réserve pour la pêche et la baignade, devient un déversoir pour les eaux usées industrielles.

  • En 1957 : Les industries rachètent les droits de pêches car les poissons deviennent alors impropres à la consommation.
  • En 1927 : Construction du plus grand tunnel (tunnel de Rove) maritime d’Europe de 7 kilomètres de long. Malheureusement, il s’effondre en 1963.
  • En 1966 : Une solution miraculeuse semble être trouvée. En effet, EDF construit une grande centrale hydraulique au Nord de l’étang qui conclut son réseau de 19 centrales le long de la Garance, produisant une énergie propre et durable.

Causes et conséquences

La centrale hydroélectrique EDF reverse ainsi de manière intermittente et gigantesque, de l’eau douce et des limons dans l’étang de Berre, un étang d’eau salée. La chute de la salinité engendrée provoque alors une stratification des eaux, liée à la différence de densité entre l’eau douce déversée et l’eau de mer entrant en profondeur. De plus, l’apport excessif en nutriments entraîne une prolifération d’algues vertes, un appauvrissement en oxygène et donc un déséquilibre de l’écosystème : c’est ce qu’on appelle l’eutrophisation

Le manque d’oxygène va alors provoquer un stress pour les organismes aquatiques qui y vivent, et notamment pour les poissons qui vont chercher à s’enfuir vers la Méditerranée. En revanche, les organismes moins mobiles ne pouvant pas fuir, vont subir ce stress et modifier leur comportement, leurs cycles reproductif et de croissance.

Les cycles d’anoxie (raréfaction de l’oxygène) fréquents qui résultent de la stratification des eaux, combinée à l’eutrophisation, provoquent l’asphyxie et la mort de nombreuses espèces de la faune et de la flore.

Il faut attendre 1993 et le plan Barnier (alors ministre de l’écologie) pour espérer une amélioration de l’état de la lagune. Celui-ci voit une diminution des polluants et la réouverture de la pêche, mais ne permet pas de retrouver un équilibre écologique…

En 2004, grâce à l’intervention de l’Europe, la France est condamnée à payer une amende si elle ne renforce pas ses efforts pour améliorer la santé de l’étang. Les rejets d’eau douce sont de nouveau réduits de moitié.

En 2018, une conjonction de facteurs – printemps très pluvieux, apports d’eau très importants par EDF, canicule et absence de vent – a provoqué l’une des plus graves crises anoxiques dans l’étang. Avec près de 93% de la surface de l’étang impactée par une disparition d’oxygène, les conséquences sur l’écosystème ont été désastreuses : forte mortalité de poissons et de la macrofaune benthique (notamment les palourdes) et  dégradation des herbiers de zostères.

Une solution à tout ça actuellement étudiée serait la déviation vers le Rhône de la centrale EDF afin de préserver la salinité de cette mer intérieure et favoriser la colonisation par la macrofaune benthique et de retrouver une biodiversité qui ne demande qu’à s’épanouir à nouveau. 

Le savais-tu ?

  • L’étang de Berre est le deuxième plus grand étang d’eau salée d’Europe.

Sources :

1 réflexion sur “L’étang de Berre”

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