Rapport résumé final

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Rapport résumé final sur les pesticides et leur impact sur la santé et l’environnement.

Résumé globale

Chaque année, entre 55 000 et 70 000 tonnes de pesticides sont vendues sur le territoire français métropolitain et d’outre-mer et sont utilisées pour la protection des cultures ou l’entretien des jardins, espaces végétalisés etc. Pourtant, déjà en 2019 l’IPBES* publie un rapport alarmant sur l’érosion mondiale de la biodiversité et pointe du doigt la pollution chimique générée par les activités humaines comme l’une des principales causes de ce déclin en cours. Notre agriculture conventionnelle génère également une destruction des habitats de cette biodiversité au profit de monocultures, en plus de l’urbanisation toujours croissante la biodiversité doit maintenant pouvoir s’adapter aux changements climatiques en cours. L’utilisation d’engrais artificiels, la multiplication des terrains agricoles et la commercialisation des pesticides ont permis à des pays, comme la France, d’augmenter ses rendements agricoles. Rapidement, les conséquences écologiques et sanitaires de ces méthodes de production ont conduit les pays à mettre en place des mesures visant à limiter les quantités et à contrôler la composition de certains produits.

Le dossier d’investigation sur les pesticides a été ouvert par PachaGaïa à la lumière de ces enjeux. De plus, cette enquête s’inscrit dans l’actualité, en effet cette année, les ministres chargés de l’Environnement, de l’Agriculture et de la Recherche ont sollicité l’INRAE* et IFREMER* pour réaliser un état des lieux des connaissances scientifiques relatives aux impacts des produits phytosanitaires ou produits phytopharmaceutiques. Dans un souci de vulgarisation nous continuerons à utiliser le terme pesticides. Ce rapport de l’INRAE et de IFREMER s’inscrit dans le Plan Ecophyto II+* et vient compléter un rapport de L’INSERM* sorti en 2021 sur les pesticides et leur impact sur la santé humaine. 

Ainsi, nous allons te résumer en un seul document ce qu’il faut savoir sur les pesticides et leurs impacts.

*IPBES : Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques.
INRAE : Institut National de Recherche pour l’Agriculture, l’Alimentation et l’Environnement
IFREMER : Institut Français de Recherche pour l’Exploitation de la Mer
INSERM : Institut National de la Santé Et de la Recherche Médicale 
Plan Ecophyto II+ : ce plan matérialise les engagements pris par le Gouvernement et apporte une nouvelle impulsion pour atteindre l’objectif de réduire les usages de produits phytopharmaceutiques de 50% d’ici 2025

1. C’est quoi les pesticides ?

1.1 La genèse des pesticides et de l’agro-chimie dans l’histoire humaine

nature

Dès la Grèce antique, le soufre et l’arsenic étaient connus pour leurs propriétés insecticides. Plusieurs plantes, comme le tabac ou les racines de Derris (en Inde), ont des propriétés insecticides. En France, la fameuse bouillie bordelaise, composée de sulfate de cuivre et de chaux était un produit largement utilisé pour lutter contre les invasions fongiques dans la viticulture, mais également pour les plants de pommes de terre. Responsable d’une pollution durable au cuivre des sols de nos régions. Aujourd’hui cette technique est encore utilisée dans l’agriculture biologique mais dans des proportions adéquates.

Les pesticides de synthèse sont nés dans les années 1930, après la Première Guerre mondiale. C’est pendant cette guerre que le développement de la chimie organique, avec les armes chimiques, est le plus important. 

C’est après la Seconde Guerre mondiale que les pesticides sont utilisés à grande échelle. La croissance démographique ayant augmenté rapidement, il fallait satisfaire la demande mondiale qui n’a cessé de croître jusqu’à nos jours.

En 1939, Miller redécouvre la molécule chimique DDT (organochloré) développée par Zeidler en 1874 et l’utilise en tant qu’insecticide. Dès 1940, et jusqu’en 1970, le DDT sera l’insecticide le plus utilisé au monde. Surfant sur le succès du DDT, de nombreuses multinationales telles que Bayer, Monsanto ou encore BASF commercialisent dès 1966 de nouveaux produits de synthèse, comme les SDHI ou l’IBS (fongicides). 

Dans les années 70, les pyréthrinoïdes vont remplacer progressivement le DDT sur le marché mondial. Ainsi, au début du XXème Siècle, plusieurs avancées de l’ère industrielle ont permis des révolutions agro-chimiques.

Les pesticides en sont un exemple mais il existe également depuis cette période les engrais azotés de synthèse.  Autrefois l’apport d’azote, naturellement présent dans la matière organique, se faisait par le biais du fumier ou du lisier.

chemical

 L’azote étant indispensable à la croissance des plantes même s’il est présent naturellement dans le sol, il est nécessaire d’en apporter pour assurer un rendement satisfaisant. Ainsi, le chimiste Fritz Haber trouva un procédé de fabrication de l’ammoniac à partir de l’azote de l’air et c’est en 1909 que la première tonne d’ammoniac de synthèse à vue le jour. Depuis, l’ammoniac étant la matière première de tous les engrais azotés chimiques, nous produisons chaque année 130 millions de tonnes d’engrais.

1.2 L’extraction des matières premières et la fabrication des pesticides

extraction

L’industrie agro-chimique produit des millions de tonnes de produits chimiques comme nous avons pu le voir, et c’est sans surprise que cette production pollue énormément. 
Par exemple, la fabrication des engrais chimiques azotés, se fait par la combinaison de l’azote atmosphérique et de l’hydrogène gazeux, ce qui est très coûteux en énergie car il faut 1 kilogramme de gaz pour produire un kilogramme d’azote.

fabrication

Pour revenir aux pesticides, les matières premières varient en fonction des cibles, la matière active est couplée à d’autres substances pour améliorer ou faciliter son action. On les appelle les adjuvants, et peuvent être des adhésifs, des émulsifiants, des stabilisants, des colorants, des vomitifs, des antitranspirants ou encore des additifs capables de retarder la dégradation du produit dans l’environnement. La formulation peut ainsi améliorer l’efficacité de la substance active par des effets de synergie. Pourtant, en moyenne seuls 0,3% des pesticides atteignent leur cible.

1.3 Classification des pesticides

Pour mieux comprendre ces substances actives, voici un tableau regroupant des molécules connues pour leurs propriétés insecticides. Nous avons également travaillé sur les herbicides et les fongicides naturels ou de synthèse, pour plus d’information sur ces catégories découvre l’article dédié sur notre site internet.

Les insecticides de synthèse : quelques exemples

insecticides de synthèse

2. Utilisation : impact sur l’environnement et la santé des agriculteurs

utilisation

2.1 Impact sur l’environnement

Le rapport de l’INSERM et de l’INRAE met clairement en évidence le lien qui existe entre la pollution chimique et la perte de biodiversité. Ces produits chimiques se retrouvent dans l’environnement avec lequel ils vont interagir, se transformer et généralement, ces substances actives se retrouvent dans l’eau ou dans les sols. En France, encore 294 substances actives réparties dans 1500 mélanges chimiques différents sont autorisées et actuellement commercialisées. 

Chaque substance active peut se dégrader dans l’environnement, créant parfois plusieurs dizaines de produits de transformation qui n’ont pas pu être recherchés dans ce rapport. 

Néanmoins, les données disponibles montrent que toutes les parties prenantes qui composent notre environnement comme l’eau, l’air, le sol, les organismes vivants ou encore les sédiments sont contaminés par les pesticides.

world

Une contamination omniprésente à la surface du globe, allant des glaces polaires aux profondeurs de nos océans, avec de nombreuses molécules chimiques capables de persister plusieurs années dans ces éléments. Ainsi, malgré leur interdiction en France certains pesticides très toxiques sont toujours présents dans notre environnement.

Les vingt dernières années de recherches scientifiques sur le sujet ont été analysés dans ce rapport et de nombreuses conclusions en ressortent :

  • Une grande diversité d’effets directs des pesticides
  • Une attention particulière à accorder aux effets indirects 
  • Tenir compte d’autres pressions comme la destruction des habitats ou le changement climatique

C’est  l’intensité et la répétition des interventions chimiques qui déterminent la gravité de ces effets.

2.2 Impact sur la biodiversité

Les pesticides contribuent à la disparition de la biomasse de certains groupes d’animaux. On le voit notamment chez les invertébrés et les oiseaux, surtout dans les zones agricoles, où l’on suspecte fortement les pesticides d’être également responsables du déclin chez les populations de chauves-souris et d’amphibiens.

2.2.1 Les invertébrés

insects

Toutes les familles et taxons des invertébrés terrestres sont affectés par les pesticides, les plus touchés sont les lépidoptères (papillons), les hyménoptères (abeilles, bourdons, etc.) et les coléoptères (coccinelles, carabes). Ces invertébrés sont dits “auxiliaires de cultures”, et ont un effet bénéfique sur la production agricole, pourtant ils sont en première ligne des effets dévastateurs des pesticides sur la faune et on estime à 40% certaines pertes au sein de ces populations en Europe. Les invertébrés aquatiques sont loin d’être épargnés et subissent également les impacts indirects de l’épandage de produits chimiques dans l’environnement. Les insecticides comme les néonicotinoïdes ou encore les pyréthrinoïdes seraient les pesticides les plus impliqués dans l’érosion de la biodiversité des invertébrés terrestres et aquatiques.

2.2.2 Les oiseaux

oiseaux

Pour les espèces d’oiseaux, on note une forte diminution de l’abondance de ces espèces dans les paysages agricoles. Les réseaux de surveillance environnementale de différents pays européens, dont la France, ont révélé de très nombreux cas d’empoisonnement d’oiseaux par les pesticides à proximité des agrosystèmes.  Cela s’explique par un effet direct des pesticides sur leur organisme, par exemple par l’ingestion de semences traitées aux pesticides par un oiseau granivore. Les cas répertoriés depuis le début des années 2000 sont très majoritairement causés par l’ingestion de semences traitées avec des insecticides néonicotinoïdes (surtout l’imidaclopride). Des impacts indirects sont aussi largement pointés du doigt comme la diminution de la ressource alimentaire suite au déclin des proies ou intoxication suite à la consommation de proies contaminées par certains pesticides comme le fipronil. Pour les oiseaux insectivores l’impact est majoritairement indirect, leur déclin est en effet causé par la diminution de leur ressource alimentaire.

2.2.3 Les chauve-Souris

chauve-Souris

Concernant les chauves-souris, les études montrent que les pesticides responsables de leur déclin sont interdits depuis longtemps. Pourtant, certains persistent dans l’environnement, comme les organochlorés (DDT),  les organophosphorés ou encore les pyréthrinoïdes.  Les impacts sont soit directs : intoxication liée à l’ingestion de pesticides, soit des impacts indirects liés à la raréfaction des ressources alimentaires. Des travaux récents suggèrent aussi que l’altération des déplacements par écholocation de chauves-souris suite à leur exposition à certains insecticides affecte probablement leurs déplacements et leur activité de chasse.  Cet impact négatif à été observé au laboratoire pour une espèce de chauve-souris asiatique (Hipposideros terasensis) suite à une exposition répétée à l’imidaclopride.

2.2.4 Les amphibiens

amphibiens

Les amphibiens font partie des groupes biologiques les plus concernés par la réduction massive de biodiversité sur tout le globe. Plusieurs facteurs sont responsables de ces déclins, comme :

  • La destruction d’habitats
  • Le changement climatique
  • Les pathogènes 
  • L’introduction d’espèces invasives 
  • Divers polluants (métaux, engrais azotés, pesticides).

Les pesticides contribuent grandement à leur déclin, certaines maladies pouvant être favorisées par l’effet toxiques directs des pesticides sur les amphibiens, mais aussi par des effets indirects via la modification de la dynamique des pathogènes ou des parasites et de leurs hôtes. De plus, les effets de perturbateurs endocriniens de nombreux pesticides impactent le développement et la reproduction même suite à de faibles concentrations de pesticides autorisés actuellement. Il est encore difficile pour les scientifiques de décrire les mécanismes qui conduisent à ce déclin.

2.3 Les effets des pesticides sur le fonctionnement des écosystèmes

Écosystème est le nom donné à un ensemble organisé et composé par des êtres vivants (animaux, végétaux, micro-organismes) et des éléments inanimés du milieu naturel.  Les espèces ont toutes un rôle au sein de l’écosystème, c’est pourquoi le déclin de certaines d’entre elles peut déséquilibrer tout un écosystème amenant à un déclin généralisé de toutes les espèces par des mécanismes en cascades et parfois jusqu’à la disparition complète de l’écosystème en question. Certaines espèces ont les mêmes fonctions comme la dégradation de la matière organique du sol par les vers de terre mais aussi par les collemboles ou les bactéries. Ainsi, certaines espèces peuvent disparaître mais la fonction reste assurée par d’autres organismes, ce qu’on nomme la redondance fonctionnelle. Ainsi, plus la diversité spécifique est grande au sein d’un écosystème, plus il sera stable et résilient. Mais si ces espèces sont sensibles aux mêmes pressions, comme la pollution chimique aux pesticides, alors la richesse spécifique ne suffit plus au maintien des fonctions écosystémiques. 

Les impacts des pesticides concernent tous les groupes biologiques, par exemple, les herbicides qui contaminent un écosystème naturel peuvent atteindre les populations d’organismes photosynthétiques, ce qui va influer sur les échanges gazeux, la dissipation des contaminants mais aussi la production de matière organique et le maintien des habitats. Les effets sur les invertébrés ont davantage de répercussions sur la dispersion des propagules et les interactions biotiques, les insectes étant à la base de la chaîne alimentaire, les impacts des pesticides sur eux concernent donc l’ensemble des groupes biologiques.

Ainsi les pratiques agricoles actuelles ont des impacts sur la biodiversité mais également sur la qualité de l’eau, de l’air et des sols. De plus, elle perturbe le cycle du carbone, du phosphore et de l’azote. Ces perturbations conduisent à des catastrophes écologiques comme lorsqu’il y a un excès d’azote dans l’environnement. En effet, une partie de l’azote répandue dans les champs n’est pas utilisée par les plantes et se transforme en oxyde nitreux, ou protoxyde d’azote (N2O) et 86% des émissions humaines de N2O dans l’atmosphère provient de l’épandage d’engrais azotés. Des régions comme la Bretagne, le Sud-Ouest ou l’île de France connaissent un excès d’épandage, du fait des élevages industriels concentrés dans ces régions. Ainsi, le lisier venu des élevages est répandu sur les cultures, souvent en plus des engrais azotés ce qui entraîne un excès de nitrates dans l’eau. Cet excès de nutriments a des conséquences désastreuses sur la faune et la flore en déséquilibrant les écosystèmes, c’est ce qu’on appelle l’eutrophisation.

écosystèmes

L’eutrophisation des milieux aquatiques est caractérisée par une croissance excessive des plantes et algues due à la forte disponibilité des nutriments, c’est le phénomène des algues vertes en Bretagne. 

Ce phénomène a été couvert par nos équipes au mois de Janvier, si tu veux aller plus loin sur la question des algues vertes et les enjeux associés, nous te recommandons d’aller dans la rubrique dédiée sur notre site internet ! 

2.4 Impact sur la santé des utilisateurs de ces produits chimiques : les agriculteurs

pesticides

Les experts de l’INSERM démontrent les liens entre l’utilisation des pesticides et la survenue de maladie chez les agriculteurs. Dans ce rapport, ils ont utilisé les études qui ciblaient les populations régulièrement exposées à ces produits chimiques. Suite à l’analyse de ces études les experts confirme une présomption forte d’un lien entre l’exposition aux pesticides et six pathologies : lymphomes non hodgkiniens (LNH), le myélome multiple, le cancer de la prostate, la maladie de Parkinson, les troubles cognitifs, la bronchopneumopathie chronique obstructive et la bronchite chronique. 

Des liens ont été identifiés pour d’autres maladies avec une présomption moyenne. C’est le cas notamment pour la maladie d’Alzheimer, les troubles anxio-dépressifs, certains cancers (leucémies, système nerveux central, vessie, rein, sarcomes des tissus mous), l’asthme et les sifflements respiratoires, et les pathologies thyroïdiennes.

3. Consommation : impact sur la santé humaine

consommation

3.1 Impact sur la santé des riverains en zones rurales

rurales

Nous avons abordé les maladies professionnelles liées à l’utilisation récurrente des pesticides, mais sans être agriculteur il faut savoir que nous pouvons nous aussi être impacter. L’étude de l’INSERM montre une exposition des riverains des zones agricoles aux pesticides. En effet, des études écologiques utilisant la géolocalisation ont montré un lien avec l’activité agricole voisine, située dans un rayon de moins de 1,5 km des résidences et suggèrent un lien entre l’exposition des riverains et la maladie de Parkinson.

3.2 Les femmes

Le rapport de l’INSERM confirme là aussi une présomption forte de lien entre l’exposition aux pesticides de la mère pendant la grossesse et l’apparition de certains cancers chez l’enfant, en particulier les leucémies et les tumeurs du système nerveux central. Dans ces cas la mère a pu être exposée dans son milieu professionnel mais également dans son environnement. L’exposition environnementale des mères pendant la grossesse peut amener à des troubles du développement neuropsychologique et moteur de l’enfant. 

De plus, l’ECHA (Agence Européenne des produits chimiques) a classé plus d’une dizaine de pesticides comme ayant des propriétés perturbant le système endocrinien.

femmes

Définition de l’OMS : « Un perturbateur endocrinien est une substance ou un mélange de substances, qui altère les fonctions du système endocrinien et de ce fait induit des effets néfastes dans un organisme intact, chez sa progéniture ou au sein de sous-populations »

Ces perturbateurs endocriniens favorisent l’apparition de cancers du sein et perturbent le fonctionnement de la thyroïde ou encore le cycle menstruel. 

Les perturbateurs endocriniens provoquerait également des avortements spontanés car certains PE sont capable de réduire et même d’inhiber la formation du placenta.

Des études nommées Pest’Home (2019) et Pelagie (2016) ont été conduites par l’ANSES ( Agence Nationale de Sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’Environnement et du travail) ainsi que l’INSERM et révèlent certains chiffres :

  • 75% des ménages ont utilisés au moins un pesticide au cours de la dernière année
  • 83% des femmes utilisent des pesticides pendant leur grossesse, en particulier des pyréthrinoïdes.

3.3 Les enfants

enfant

Les perturbateurs endocriniens ont vu leur production augmenter d’une façon exponentielle depuis les années 2000, on estime à près de 10 000 le nombre de substances considérées comme perturbant le système hormonal chez l’homme. Ces substances sont contenues dans les pesticides,les plastiques (comme le bisphénol A ou les phtalates) mais aussi dans les cosmétiques.

Parmi les nombreux PE qui contaminent la femme enceinte, à travers l’eau qu’elle boit, l’air qu’elle respire, les nutriments qu’elle ingère et les produits qu’elle adsorbe, un grand nombre d’entre eux risquent d’impacter le fœtus car le placenta ne représente pas une barrière de protection. 

Il est apparu récemment que de nombreux PE traversent le placenta pour impacter le fœtus et l’ensemble des organes et des tissus. Une étude américaine rapportait la présence de 287 PE dans le sang du cordon de nouveau-nés, la contamination fœtale est donc un fait établi.

Les risques pendant la grossesse se concentrent sur les 3 premiers mois de vie utérine, une période importante qui conditionne la santé de l’enfant, entraînant même des pathologies durant la vie adulte.

Principales conséquences cliniques de la contamination intra-utérine :

  • En période néonatale : malformations des organes génitaux externes chez le garçon mais aussi retard de croissance. 
  • Pendant l’enfance : retards de développement psychomoteur (troubles du spectre autistique), obésité, puberté précoce chez la fille 
  • A l’âge adulte : chez la femme : risque de cancer du sein, insuffisance ovarienne prématurée, endométriose, syndrome métabolique, diabète de type 2, maladies cardiovasculaires, maladies hépatiques, maladie de Parkinson et chez l’homme : risque de cancer des testicules.

C’est pourquoi la vie intra-utérine représente une période de vulnérabilité maximale, il est plus que nécessaire d’imposer une protection rigoureuse contre cette épidémie discrète de grande ampleur. C’est un véritable scandale sanitaire mais aussi économique, social, éthique et juridique, la pollution fœtale par les PE impacte le développement de l’homme, contribue à l’explosion des maladies chroniques chez l’adulte et représente une préoccupation majeure pour les générations futures. 

L’inquiétude grandit chez les médecins, les chercheurs mais aussi chez les citoyens à cause du caractère omniprésent de ces perturbateurs endocriniens qui en plus de ça échappent aux principes de toxicologie classique où la dose fait le poison. En effet, nous avons abordé “l’effet cocktail”, ce phénomène se nomme ainsi car l’accumulation de différentes substances toxiques dans nos tissus crée une action de synergie et d’amplification de la toxicité dans notre corps.

4. Pourquoi l’utilisation de pesticides de synthèse n’est pas une solution d’avenir ?

4.1 La biorésistance

La résistance aux pesticides d’un individu est possible s’il a hérité d’un trait génétique qui lui donne la faculté de survivre à un épandage de pesticides à des doses létales pour les autres congénères de la même espèce.

Les espèces dites “nuisibles” développent une résistance aux pesticides par la sélection naturelle : les spécimens les plus résistants survivent et transmettent leurs gènes de résistance à leur descendance.

biorésistance

Cette résistance peut être naturelle ou acquise :
Elle est naturelle si le phénomène est observé dès la première application d’un pesticide

Elle est dite « acquise » si le phénomène ne s’observe qu’après plusieurs applications d’un pesticide, par suite de la sélection, sur plusieurs générations, d’individus naturellement résistants.

plante

La résistance aux pesticides est en augmentation, aux États-Unis, dans les années 1940, les agriculteurs perdaient 7 % de leurs cultures à cause des ravageurs.  Pendant les années 1980 et 1990, la perte s’élevait à 13 %, alors que le volume de pesticides utilisés avait augmenté. Plus de 500 espèces de bioagresseurs ont développé une résistance à un pesticide. D’autres sources estiment ce chiffre à environ 1000 espèces depuis 1945.

Quelles sont les solutions ?

solutions

L’Insecticide Resistance Action Committee (IRAC), est une organisation internationale fondée en 1984, qui regroupe plus de 150 membres appartenant au secteur de l’industrie des pesticides. Sa mission est de développer des stratégies de gestion des résistances pour maintenir l’efficacité des insecticides dans le sens d’une agriculture “durable” et d’une “amélioration de la santé publique”. 

Ainsi l’IRAC lutte contre ces processus d’adaptation naturelle via une classification des substances actives en 28 groupes en fonction de leur mode d’action. 
L’intérêt de ce classement est de faciliter l’alternance des produits utilisés pour les traitements en évitant d’employer sur la même parcelle des substances appartenant à la même famille chimique, pour limiter le risque d’apparition de résistances chez les insectes ciblés.

graphe
graph

Pourtant, le schéma de gauche montre l’augmentation de la résistance aux pesticides de certaines “mauvaises herbes” au cours du temps. On constate également que l’utilisation des pesticides ne fait qu’augmenter à travers le monde, sur le schéma de droite. Ainsi, plus on utilise de pesticides et plus des espèces vont résister naturellement et s’adapter à l’exposition de plus en plus fréquente des pesticides.

4.2 Les alternatives à la biorésistance

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En réalité, de nombreux travaux de recherche montrent que la vie trouvera toujours un chemin, ce qui pose la question de la durabilité de ce système agrochimique, même en multipliant les substances.

Ainsi, la résistance peut être gérée en réduisant l’utilisation des pesticides et en installant près des cultures des zones refuges où les ravageurs sensibles peuvent survivre ainsi que leur prédateurs naturels.

A l’échelle individuelle, de nombreuses solutions sont possibles pour développer un jardin et donc une alimentation sans pesticides chimiques. Dans le but de favoriser une agriculture du vivant et encourager les synergies entre espèces au service d’une alimentation pérenne et résiliente en ne s’attardant plus uniquement sur les rendements court terme.

4.3 Les alternatives aux pesticides

4.3.1 La permaculture :

permaculture

La permaculture est une approche rencontrant un nombre croissant d’adeptes. Il ne s’agit pas à proprement parler d’un type d’agriculture mais d’une manière d’aborder la culture consistant en un processus de design écologique itératif divisé en trois étapes s’inspirant de la nature : observation, compréhension et rétroaction. Le but est d’optimiser l’espace à sa disposition en apportant le minimum d’intrants supplémentaires à ce qui existe déjà et d’itérer année après année avec ce qui a le mieux fonctionné. Il ne s’agit donc pas de répliquer une unique méthode à grande échelle mais d’appliquer la méthode locale qui fonctionne le mieux.

4.3.2 Le jardin alimentaire :

garden

Très ludique, le « foodscaping » ou « jardin alimentaire » devient de plus en plus tendance. Il combine culture alimentaire et plante d’ornements par le biais de légumes et fruits de saisons, plantes aromatiques et fleurs comestibles afin de répondre au dicton « aussi beau que bon ! ».  Cette pratique s’adapte très bien aux petits espaces et permet un développement aussi bien à la campagne qu’en ville.

4.3.3 L’agroforesterie :

forest

Au contraire du « jardin alimentaire », la « forêt-jardin » nécessite un espace plus important pour permettre son développement. Elle consiste en la création d’un espace forestier, dans son jardin, en intégrant les 7 strates d’une forêt naturelle à savoir les grands arbres, les arbres nains, les grands arbustes et buissons, les plantes herbacées, les plantes à racine profonde, les plantes couvre-sols et les plantes grimpantes en utilisant au maximum des plantes comestibles afin de produire fruits, baies, légumes, plantes médicinales ou encore champignons de manière durable, autonome et résiliente.

Que ce soit développer son propre jardin ou contribuer à des jardins collectifs, ces initiatives sont d’excellents moyens de recréer une bulle de biodiversité et de recréer un lien avec la nature qui se perd de plus en plus avec notamment le développement toujours plus rapide des espaces urbains dans lesquels il est bien souvent difficile de s’y retrouver.  Agir pour la biodiversité c’est aussi agir à son échelle pour encourager les « petit coin de paradis ».

4.3.4 Des solutions à l’échelle collective :

On peut croire qu’il est impossible de nourrir toute l’humanité sans cette industrie agro-chimique, pourtant notre entretien avec Marie, une maraîchère bio, nous a prouvé le contraire ! On peut évidemment nourrir l’humanité sans pesticides de synthèse.  Mais, il n’est effectivement pas possible du jour au lendemain d’obtenir les mêmes quantités de produits d’alimentation en changeant nos pratiques mais nos pratiques n’étant ni vertueuses pour l’environnement ni pour notre santé, il n’est pas nécessaire de s’y attarder.

L’idée est surtout de faire évoluer les besoins d’une société très consommatrice afin de faire évoluer la demande et permettre une alimentation raisonnée et saine pour la santé. 

En partant de ce principe, il est alors possible de développer une « agroécologie ». L’institut du développement durable et des relations internationales (IDDRI) le décrit dans son rapport Ten Years For Agroecology (TYFA) comme étant « une trajectoire d’innovations des systèmes agricoles visant à maximiser l’usage des processus écologiques dans le fonctionnement des agroécosystèmes, en vue d’atteindre une alimentation durable ».

Redonner la priorité à la biodiversité et permettre son développement en valorisant le vivant présent dans les sols plutôt que de l’appauvrir, en favorisant les synergies entre les espèces, par exemple en utilisant des plantes recouvrantes permettant de garder l’humidité du sol et d’être ainsi plus résilient aux aléas météorologiques ou encore en encourageant la présence d’espaces non cultivés de prairies, de haies ou d’arbustes véritables refuges pour la biodiversité et ainsi, faire bénéficier aux cultures des merveilles dont-elles regorgent. 

Il ne s’agit pas de plier la nature à ses besoins ou de la remplacer mais de la favoriser au service d’une agriculture pérenne et bénéfique pour tous le vivant. 

Dans un monde fortement soumis au changement climatique, il est nécessaire d’apprendre à s’adapter, une monoculture dont le rendement est maximisé sera ainsi moins résiliente aux changements de températures qu’une polyculture favorisant les bienfaits de tout un écosystème.

agroecologique

Une Europe agroécologique en 2050 : une agriculture multifonctionnelle pour une alimentation saine, rapport IDDRI, 2018

5. UN CHANGEMENT DE PARADIGME

Il n’existe probablement pas de recette miracle permettant de remplacer totalement une agriculture productiviste par une agriculture raisonnée sans efforts et en ne changeant pas ses habitudes de consommation, ses habitudes alimentaires et ses préjugés. 

Il est par ailleurs possible qu’avec le changement climatique, la destruction accélérée du vivant et l’appauvrissement des sols, les techniques actuelles ne permettent plus dans un avenir proche de répondre aux exigences croissantes de consommation et ce d’autant plus vrai avec l’accroissement de la population.

Pour permettre une agriculture pérenne et durable ne nécessitant pas un apport constant de produits diverses, il est nécessaire de changer de paradigme pour produire assez et non plus le plus possible afin de revenir à une agriculture locale et réfléchie répondant à sa fonction première au regard des défis des futures années : nourrir l’humanité tout en préservant la biodiversité et en s’adaptant au changement climatique.

5.1 Comment limiter la contamination par les pesticides ?

Les pesticides continueront à être utilisés plusieurs années après leur interdiction, alors pour retenir les leçons du passé, il est nécessaire de limiter leur contamination. 

Premièrement, nous utilisons trop de pesticides, souvent une dose plus faible est largement efficace pour l’utilisation souhaitée.

Deuxièmement, il faut limiter au maximum leur dispersion au moment de l’épandage, en évitant de le faire lorsqu’il y a du vent ou de la pluie mais aussi en faisant des aménagements au niveau des parcelles cultivées, par le biais de zones tampons (haie, bandes enherbées etc). Néanmoins, il est nécessaire de comprendre et de plus étudier les dynamiques de transferts de ces pesticides au sein de l’environnement car ce qui est sûr, c’est qu’aucune mesure d’atténuation ne permet de neutraliser dans l’ensemble les effets des pesticides. 

Enfin, la gestion du sol et sa compréhension est primordiale car c’est un des premiers filtres pour réduire les transferts de pesticides.

paysage

Nos paysages ont également un grand rôle à jouer, leurs caractéristiques jouent énormément sur la dynamique des pesticides dans l’environnement. En effet, l’impact des pesticides se révèle plus grave dans des paysages simplifiés (que des champs par exemple). Au contraire, un paysage formé d’une mosaïque d’écosystèmes a tendance à atténuer les impacts négatifs du fait des multiples interfaces entre les zones traitées et non traitées. Maintenir un paysage diversifié joue donc sur les effets directs, en limitant l’exposition des organismes aux molécules nocives et sur les effets indirects en préservant les ressources alimentaires et les habitats de ces organismes.

Mais il y a un mais…
wastes

Bien que pour les médecins et chercheurs le lien entre exposition et effet n’est plus à prouver, l’évaluation de cette pollution se heurte à un système juridique incapable d’établir une lien de causalité. De plus, nos représentants, régulièrement en contact avec les lobbyistes de l’industrie des pesticides, reçoivent constamment des documents et faux articles de ces entreprises ayant pour intérêt de continuer à vendre leurs produits. Cette même technique de manipulation avait déjà été utilisée par l’industrie du tabac il y a plusieurs années, appelée “fabrique de l’ignorance”, ou “fabrique du doute” leur but étant de noyer l’information scientifique et de donner de fausses informations aux dirigeants politiques afin d’éviter des législations trop contraignantes ou des poursuites judiciaires.

Ce lobby de pesticides représente des millions d’euros et les financements de pseudo-travaux pour créer une impression de controverse sont donc monnaie courante au sein de nos institutions censées nous protéger. Leur arguments :

  • Ils garantissent l’innocuité des produits chimiques
  • Ils utilisent l’argument d’une réduction de la production agricole sans pesticides
  • Chantage à l’emploi
  • Une absence d’alternative aux pesticides 

Alors que la Charte de l’environnement garantit à chacun le droit de vivre dans un environnement équilibré et respectueux de la santé, que l’OMS précise que l’environnement représente l’un des déterminants de notre santé, rien ne semble évoluer assez vite pour protéger les générations futures. Pourtant en France, la garantie des droits des enfants impose dans ses textes la protection et la surveillance rigoureuse du fœtus. De plus, le risque d’une transmission transgénérationnelle suite à l’impact des pesticides sur notre organisme commence à être de plus en plus documenté.

Conclusion :

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Il est clair que les données scientifiques sur le sujet sont suffisantes pour nous permettre de confirmer un lien entre l’exposition aux pesticides et autres perturbateurs endocriniens et la survenue de pathologies graves au sein de la population et particulièrement pour les femmes enceintes. L’impact des pesticides sur les êtres vivants, la qualité de l’eau, de l’air et de tous les constituants de nos écosystèmes est également confirmé.

Il est urgent d’établir de nouvelles manières de communiquer l’information aux dirigeants et d’avoir une réflexion éthique sur la pollution par les pesticides de notre environnement car nous sommes redevables pour les générations futures du désastre sanitaire à venir. 
Des solutions existent réellement, l’agriculture raisonnée ou biologique n’a pas diminué la production agricole ni l’équilibre économique des pays. Certains pays comme le Danemark ont même privilégié la protection de l’environnement et la santé des danois sans subir de dommages économiques sur la production.

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